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Publié le

par

Kevin Paquette

La stratégie du choc : Comment Legault forge l’héritage de la CAQ

François Legault multiplie les fronts depuis son remaniement ministériel de septembre dernier. Tout y passe. Le couperet tombe sur les syndicats de médecins avec l’imposition d’une loi spéciale, la guerre est déclenchée contre les syndicats de travailleurs qui utilisent l’argent de leurs membres pour faire de la politique partisane, le gouvernement serre la ceinture de la fonction publique et brandit de nouveau l’étendard de la laïcité.

On pourrait se demander quelle mouche a piqué le premier ministre pour qu’il s’attaque à tant d’enjeux sensibles à un an des élections. Après tout, la dernière année de mandat d’un gouvernement majoritaire ne sert-elle pas d’ordinaire à séduire un maximum d’électeurs?

Pour comprendre la motivation sincère de François Legault, il faut voir au-delà des plus récents sondages et des résultats électoraux.

Contrairement à ce que plusieurs observateurs de la scène politique avancent, la CAQ, c’est plus que François Legault. C’est aussi l’héritière de l’Action démocratique du Québec et, d’une certaine façon, de l’Union nationale. La CAQ devait être le véhicule politique rassemblant les nationalistes et les conservateurs de centre-droit du Québec : les Bleus.

Toutefois, force est de constater que depuis quelques années, le gouvernement caquiste s’est éloigné de sa base électorale. La région de Québec, historiquement un bastion de la CAQ et de l’ADQ, a rejeté plusieurs initiatives gouvernementales au fil du temps. Dans l’exercice du pouvoir, la CAQ a parfois hésité à s’assumer, cherchant davantage le consensus et un peu moins les réformes qui faisaient jadis sa marque.

Cette perte de repères s’explique notamment par la transformation du parti à partir de la pandémie. La gestion de crise a rapidement pris le dessus sur la politique, éclipsant la vision initiale du gouvernement. Or, la CAQ a eu du mal à sortir de cette logique après la pandémie pour réaffirmer une orientation politique qui lui soit propre. En cherchant à plaire à tous, le gouvernement a fini par ne plus ressembler à personne, laissant un vide idéologique que d’autres formations, comme le Parti conservateur du Québec ou dans une certaine mesure le Parti québécois, cherchent désormais à occuper.

Les gestes posés par le premier ministre au cours des dernières semaines visent assurément à ultimement reconquérir l’opinion publique. Mais au-delà de cette lecture tactique, il faut surtout y voir une tentative de redonner à sa formation politique une solide base idéologique.

Ce virage plus affirmé n’est pas sans risques. En assumant un ton plus tranché, François Legault s’expose à aliéner certains électeurs modérés qui appréciaient justement la souplesse et la prudence de son approche. Mais sa motivation est plus profonde : reconquérir un électorat bleu qui, bien qu’exigeant, demeurerait plus fidèle à long terme qu’un appui purement circonstanciel. En somme, Legault préfère demeurer fidèle idéologiquement que populaire temporairement.

Assumer une boussole idéologique plus conservatrice et de centre-droit permet à la CAQ de se redéfinir, de clarifier son identité et de se distinguer durablement des autres partis. C’est un repositionnement risqué, qui ne donnera peut-être pas de résultats immédiats, mais qui est nécessaire pour un parti qui aspire à durer.

Parce que l’héritage de François Legault ne se mesurera pas seulement aux résultats de sa gestion gouvernementale ni à ses promesses réalisées ou non. Il se jugera aussi à sa capacité d’avoir bâti un véhicule politique durable, capable de survivre en toutes circonstances.

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