Le départ de François Legault marque définitivement la fin d’un cycle politique au Québec. Après 7 ans et demi à la tête de l’État québécois et plus de 27 ans de services publics, l’empreinte du premier ministre sur le paysage politique est indéniable. Son retrait amorce une période de transition et d’instabilité qui impose une lecture stratégique rigoureuse de la part des organisations.
Chefferie de la CAQ et transition
Les quelques 20 000 membres de la CAQ auront la lourde tâche ce dimanche (le 12 avril 2026) d’élire un nouveau chef et, plus important encore, un nouveau premier ministre. Nous sommes actuellement dans les derniers droits d’une course qui pourrait mener à un résultat beaucoup plus serré que prévu entre l’ancienne ministre de l’Économie, Christine Fréchette et l’ex-ministre de l’Éducation, Bernard Drainville.
La personne désignée disposera d’un horizon de moins de six mois pour diriger l’État avant l’échéance électorale d’octobre. Bien que le nouveau chef bénéficie de quelques semaines pour assurer la transition à l’Édifice Honoré-Mercier, la marge de manœuvre demeure étroite.
À quoi s’attendre durant cette période de transition?
La réponse simple : À beaucoup de mouvements.
Le nouveau premier ministre cherchera immédiatement à projeter une image de renouveau pour renverser les tendances lourdes des sondages. Dès les jours suivants l'élection, nous assisterons à la formation d’un nouveau Conseil des ministres. Ce remaniement devrait favoriser des élus prêts à se représenter en octobre, tandis que certains ministres ayant annoncé leur départ céderont probablement leur place. Conformément aux engagements des deux candidats, on peut s'attendre à un resserrement de la taille du cabinet.
Cette instabilité s’étendra aux cabinets ministériels. Conscient de la précarité du pouvoir actuel, une partie du personnel politique stratégique pourrait amorcer une transition vers le secteur privé, affaiblissant ainsi la mémoire institutionnelle des cabinets au moment même où le nouveau chef tentera de marquer des points rapides.
Cela dit, ça n’empêchera pas le nouveau premier ministre de jouer le tout pour le tout et de vouloir rapidement faire sa marque. Peu importe l’issue de la course, les priorités gouvernementales seront recentrées sur le coût de la vie, la modernisation de l’État et l’agilité des services publics, incluant une ouverture accrue au secteur privé.
Livrer dans un contexte de congestion parlementaire
Même si le nouveau chef de la CAQ prend les rênes d’un gouvernement fortement majoritaire, son champ d’action sera extrêmement limité. Tout d’abord, la prorogation de l’Assemblée nationale, bien que nécessaire à la transition, retranchera jusqu'à trois semaines de travaux névralgiques. Trois semaines qui sont habituellement primordiales dans le déroulement des travaux parlementaires.
C’est habituellement en avril que l’Assemblée nationale fait ses études de crédits budgétaires. Cet exercice consomme toutes les ressources de l’Assemblée nationale (en commission) pour deux semaines de travaux. En plus, l’Assemblée nationale devra prévoir environ 6 jours de travaux au Salon rouge afin de débattre sur le discours inaugural du nouveau premier ministre.
Par conséquent, la fenêtre d’opportunité du nouveau gouvernement pour introduire de nouvelles législations et faire adopter d’importants projets de loi, comme le projet de loi 1 sur la Constitution du Québec et le projet de loi 5 sur l’octroi des autorisations requises pour la réalisation des projets prioritaires et d’envergure nationale, sera extrêmement limité. Le gouvernement pourrait être tenté d’en adopter quelques-uns par bâillon lors des derniers jours de travaux parlementaires autour du 12 juin 2026.
Les nouveaux ministres auront peu de temps pour faire leur marque
Pour toute organisation, le défi sera double : composer avec des ministres qui devront maîtriser des dossiers complexes en un temps record, et naviguer au sein d’une fonction publique qui passera en mode « gestion des affaires courantes ».
Non seulement, certains d’entre eux devront monter rapidement de nouveaux cabinets ministériels, ils devront aussi recevoir des breffages en accéléré par la fonction publique sur les dossiers majeurs de leur ministère. Cette étape sera d’autant plus importante qu’ils devront tout de suite aller défendre leur ministère en étude de crédit à peine un mois après leur nomination.
C’est sans compter que la fonction publique ne sera pas nécessairement un allié du gouvernement dans les 6 prochains mois. Les employés de l’État suivent les sondages comme tout le monde. Historiquement, l’administration hésite à engager des réformes structurelles à quelques mois d'un scrutin dont l'issue pourrait tout remettre en question.
En dehors des grandes priorités dictées par le nouveau premier ministre et le Conseil exécutif, l’État sera pratiquement en mode pause. Une stratégie de relations gouvernementales efficace devra donc miser sur la continuité plutôt que sur la rupture d'ici l'automne.
Vers un renouvellement profond de l’Assemblée nationale
L’élection du nouveau chef de la CAQ marquera le signal de départ informel de la période préélectorale. Dès lors, le portrait des forces en présence se précisera et les tendances lourdes des sondages permettront de dessiner les contours de l’échéance d’octobre. Peu importe l’issue du scrutin, une certitude demeure : le paysage politique québécois s'apprête à vivre une mutation profonde.
L’Assemblée nationale qui émergera de l'automne 2026 sera largement renouvelée. Déjà, de nombreuses figures d'influence ayant marqué les deux mandats caquistes ont confirmé leur départ de la vie publique. Ce vide politique sera comblé par une nouvelle cohorte d’élus issus de diverses formations, dont certains sont appelés à devenir rapidement des acteurs pivots, que ce soit au sein du prochain Conseil des ministres ou sur les banquettes de l’opposition.
Dans ce contexte de lutte à cinq partis, la volatilité électorale est à son comble et rend impossible toute prédiction. Le Québec se dirige-t-il vers un gouvernement péquiste ou libéral ? Assisterons-nous à un sursaut de la CAQ ou à l’entrée officielle des conservateurs à l’Assemblée nationale ? Le verdict des urnes, qu'il mène à un gouvernement majoritaire ou minoritaire, redéfinira les règles du jeu pour l'ensemble de vos dossiers.
Le monitorage rigoureux des candidatures vedettes et des engagements de chaque parti au cours des prochains mois sera crucial pour naviguer ce paysage politique en pleine ébullition. L’évolution de votre stratégie de relations gouvernementales dépendra directement de cette capacité à naviguer au travers de l’instabilité ambiante. Nous demeurons à vos côtés pour décoder ces mouvements et assurer la pérennité de vos intérêts dans ce nouveau cycle politique.



