Pour les observateurs du reste du Canada, la politique québécoise avait autrefois l’air relativement simple.
Il y avait les libéraux et il y avait les péquistes. Un camp voulait que le Québec reste au Canada; l’autre voulait qu’il le quitte. Bien sûr, la politique québécoise a toujours été plus compliquée que ça, mais vue de Toronto, Calgary ou Ottawa, la ligne de fracture était assez facile à comprendre.
François Legault a changé la donne en 2018. Sa Coalition avenir Québec proposait du nationalisme sans référendum, une approche plus favorable aux entreprises et une alternative au vieux duel entre libéraux et péquistes.
Et ça a fonctionné. Deux fois.
Huit ans plus tard, la bonne vieille question est de retour, mais dans un contexte très différent.
Paul St-Pierre Plamondon a récemment annoncé qu’un gouvernement péquiste ne tiendrait pas de référendum sur l’indépendance tant que Donald Trump serait président. Il promet toujours d’en tenir un au cours d’un premier mandat, mais plus tard.
PSPP ne veut pas que cette élection devienne un référendum sur le référendum. Il veut plutôt que les électeurs jugent les huit années de gouvernement caquiste.
Trump, lui, influence déjà la campagne d’une autre façon.
Les entreprises québécoises sont frappées par les tarifs américains, les négociations commerciales entre Ottawa et Washington ont échoué et le Québec fait face à une nouvelle période d’incertitude économique. Christine Fréchette tente de transformer cette incertitude en argument en faveur de la stabilité.
Son message est simple : ce n’est pas le moment d’ajouter de l’incertitude constitutionnelle à l’incertitude économique.
La CAQ peut se présenter comme le gouvernement qui est déjà en train de gérer les relations avec Washington et Ottawa et qui soutient les entreprises touchées. Fréchette peut aussi revenir à l’une des idées qui étaient au cœur du projet de Legault : un nationalisme québécois sans nouveau référendum.
Les électeurs peuvent être insatisfaits du gouvernement et tout de même conclure que les tarifs, un changement de leadership et un référendum représentent trop d’incertitude en même temps.
Mais la coalition que Legault avait bâtie n’est plus ce qu’elle était.
Le PQ a récupéré une partie de l’électorat nationaliste. Certains fédéralistes regardent de nouveau vers les libéraux. Et dans la grande région de Québec et en Chaudière-Appalaches, les conservateurs d’Éric Duhaime se disputent des électeurs qui voyaient autrefois la CAQ comme leur maison politique.
Un électeur de centre droit peut être tanné de la CAQ, opposé à l’indépendance et incapable de voter libéral, tout en ayant maintenant une autre option. Dans la région de Québec, cela pourrait faire basculer plusieurs circonscriptions et bloquer une potentielle majorité.
De son côté, PSPP fait face à un problème différent.
Sa clarté fait partie de son attrait. Il croit à l’indépendance et n’a jamais vraiment essayé de le cacher. Mais plusieurs des électeurs qui placent actuellement le PQ en tête dans les sondages ne partagent pas cet objectif.
Le Québec pourrait élire un gouvernement déterminé à organiser un référendum avec le soutien d'électeurs qui voteraient alors « non ».
Pour ces électeurs, le calcul est peut-être assez simple : sont-ils davantage lassés de la CAQ qu’ils ne craignent un nouveau référendum ?
La décision du PSPP de reporter cette mesure jusqu'à ce que Trump ait quitté ses fonctions vise à faciliter ce choix.
Pour Charles Milliard et les libéraux, c’est l’inverse. Ils ont tout intérêt à garder le référendum au centre de la campagne.
Leur argument est simple : les Québécois peuvent chasser la CAQ sans rouvrir la question constitutionnelle. Milliard a déjà indiqué clairement que repousser un référendum ne le fait pas disparaître.
Milliard est nouveau pour la plupart des électeurs. Son parti, lui, ne l’est pas. Chez plusieurs francophones, la marque libérale traîne encore le poids des gouvernements qu’ils ont rejetés en 2018.
Les partis entrent donc en campagne avec chacun leur propre définition du risque que les électeurs devraient avoir en tête.
Le PQ veut qu’ils pensent aux 8 dernières années de la CAQ au pouvoir. La CAQ veut qu’ils pensent à la stabilité, aux tarifs et aux risques d’un référendum. Les libéraux veulent que le référendum domine la campagne. Et dans la région de Québec, les conservateurs proposent de rejeter les trois autres options.
C’est pour cette raison que la question de l’urne comptera autant.
Cette élection ne portera peut-être pas sur le projet politique que les Québécois préfèrent. Elle pourrait plutôt porter sur le résultat qu’ils sont prêts à tolérer.
Le parti qui gagnera ne sera peut-être pas celui qui suscite le plus d’enthousiasme. Ce sera peut-être simplement celui qui semblera le moins risqué.
L’élection québécoise pourrait donc se résumer à un choix inconfortable : un autre référendum, un autre gouvernement caquiste ou un autre gouvernement libéral.
Pour l’instant, les Québécois n’ont pas encore décidé quelle option ils craignent le moins.



