À mesure que l’élection québécoise avance, trois maisons de recherche suivent l’opinion publique : la plus établie et respectée Léger, ainsi que deux firmes émergentes et innovantes, Synopsis et Pallas.
Les résultats globaux de leurs travaux semblent clairs. À ce stade, aucun parti ne recueille plus de 30 % des appuis (l’avenir demeure évidemment inconnu). Cinq partis obtiennent entre 10 % et 30 % des appuis. Si l’on tient compte des indécis, seulement une personne sur quatre appuie le parti en tête, le Parti québécois (PQ). Il faut toutefois faire preuve de prudence, car un vote étonnamment efficace pourrait permettre à un parti de former un gouvernement majoritaire avec moins du tiers des voix. La situation tranche néanmoins avec celle de nombreuses élections précédentes, ou encore avec la dernière élection, lorsque la Coalition avenir Québec (CAQ) a remporté une solide majorité en 2022.
Certains électeurs pourraient encore se rallier aux partis en tête, comme nous l’avons vu lors de la dernière élection fédérale. Les électeurs indécis pourraient également faire face à un choix difficile. Chaque parti traîne un certain bagage réputationnel. Chacun a fait des compromis en présentant des propositions distinctes à des électorats clés.
Le résultat est que la politique québécoise ressemble davantage à ce que l’on observe aujourd’hui en Grande-Bretagne ou en Europe. Plusieurs partis se répartissent entre deux ou trois blocs électoraux. La « coalition » de la CAQ en était véritablement une. Certains nationalistes l’ont depuis quittée pour retourner au PQ. La CAQ se retrouve en concurrence avec le Parti conservateur du Québec (PCQ) pour attirer certains électeurs issus du milieu des affaires et soucieux de la responsabilité financière, qui auraient peut-être voté pour le Parti libéral du Québec (PLQ) par le passé. Québec solidaire (QS) fait appel à un électorat urbain et de gauche modérée qui aurait appuyé le PQ il y a une génération. QS et le PLQ ont, à des degrés divers, obtenu l’appui de communautés immigrantes.
Chaque parti propose une vision distincte, mais ils partagent certains principes communs. Si aucun parti ne remporte la majorité, une multitude de scénarios sont possibles : ils pourraient collaborer ou s’opposer les uns aux autres, selon les enjeux.
Ainsi, même si les électeurs font face à des choix difficiles et que l’option « aucun de ces choix » pourrait encore jouer un rôle déterminant, les sondages révèlent certains électorats clés. Le PLQ bénéficie évidemment d’un fort appui chez les non-francophones. Malgré une réputation ternie, la CAQ arrive en tête chez les francophones de 55 ans et plus. En cas de faible taux de participation, cette concentration de l’appui chez les électeurs plus âgés pourrait avantager la CAQ. QS obtient davantage d’appuis auprès des électeurs de moins de 35 ans, particulièrement chez les francophones de Montréal. Les données sont moins cohérentes pour le PCQ, mais certains sondages laissent entendre que le parti dépend des hommes plus jeunes ou d’âge moyen et que les femmes seraient presque deux fois moins susceptibles de l’appuyer. Le PQ obtient son plus fort appui chez les électeurs de 35 à 54 ans. La souveraineté interpelle à la fois certains électeurs plus jeunes et les personnes qui ont voté « oui » en 1980 et en 1995. Toutefois, ce groupe d’âge moyen subit d’importantes pressions liées au coût de la vie, et les sondages menés partout au Canada montrent que ce groupe est le plus susceptible de réclamer du changement.
Au sein de chaque groupe, certains partis bénéficient d’un appui disproportionné, de sorte que peu de groupes d’âge ou de groupes linguistiques semblent se ressembler. Le PLQ et la CAQ arrivent en tête auprès de certains groupes, tout en approchant, ou atteignant même, un appui à un seul chiffre auprès d’autres groupes. Chaque parti pourrait même sembler concurrentiel ou populaire aux yeux de ses partisans, en supposant que des personnes partageant les mêmes opinions échangent leurs points de vue entre elles, plutôt que de scruter les sondages comme nous le faisons.
Lors de la récente élection fédérale, on a beaucoup parlé du clivage générationnel, qui est apparu comme une ligne de fracture entre les deux principaux partis. Au Québec, les divisions semblent plus profondes et sont exacerbées par la culture, la région, le nationalisme et l’économie.



