Résumé
Le 18 mars 2026, le ministre des Finances, Eric Girard, a présenté le budget 2026-2027 du gouvernement du Québec, intitulé « Un budget responsable axé sur les priorités des Québécois ». Ce huitième budget du ministre Girard se veut sobre et prudent, mettant l'accent sur des investissements ciblés dans la transformation économique, les infrastructures et les services publics.
En ce qui a trait à la gestion des finances publiques, le gouvernement souligne que le déficit pour l’année financière 2025-2026 est finalement moins important qu’initialement prévu en mars 2025. Grâce à une croissance du PIB nominal plus forte qu’anticipé en 2025 et à un meilleur contrôle des dépenses, le déficit qui était prévu à 11,4 milliards de dollars (1,8 % du PIB) se chiffre maintenant à 9,9 milliards (1,5 % du PIB). Pour l’année 2026-2027, le déficit est estimé à 8,6 milliards de dollars, soit 1,3 % du PIB.
Même si l’économie québécoise fait face à un contexte volatile caractérisé par la montée du protectionnisme et des conflits géopolitiques, le ministre Girard estime que le Québec bénéficie d’une situation favorable :
- Le gouvernement prévoit une hausse du PIB réel de 1,1% en 2026 et de 1,4% en 2027.
- L’écart de niveau de vie entre le Québec, l’Ontario et le reste du Canada s’est réduit. Alors qu’il était de 15,9% en 2018, l’écart du PIB réel par habitant avec l’Ontario a diminué à 10,2% en 2024.
- Entre 2018 et 2024, le pouvoir d’achat des ménages, mesuré via le revenu disponible en termes réels par habitant, s’est amélioré plus rapidement qu’en Ontario (+9,2% vs +5,1%).
Même si cet exercice constitue le dernier budget du gouvernement caquiste avant la prochaine élection d'octobre 2026, les dépenses électoralistes qui caractérisent habituellement ce type d’exercice sont pratiquement inexistantes. De manière étonnante, on y retrouve très peu de mesures touchant le pouvoir d’achat des contribuables, pourtant un cheval de bataille du gouvernement depuis 2018. Fait à noter : une somme de 250 millions de dollars sur cinq ans est prévue au budget afin que le prochain premier ministre ait les moyens de mettre en place des mesures répondant à ses priorités après l’élection du nouveau chef de la CAQ le 12 avril 2026.
Données importantes
- Revenus : 166,49 milliards de dollars (comparé à 160,53 milliards en 2025-2026)
- Dépenses totales (incluant le versement au Fonds des générations) : 175,10 milliards de dollars
- Déficit : 8,6 milliards de dollars (avec un retour à l’équilibre budgétaire en 2029-2030).
- Fonds des générations : Actuellement à 16,6 milliards de dollars. Devrait atteindre 29,1 milliards de dollars au 31 mars 2031.
- Provision pour éventualités : 2 milliards de dollars afin de couvrir des dépenses imprévues ou pallier les effets d’une croissance économique plus modérée que prévu.
- Fonds de 1,25 milliards sur cinq ans afin de permettre au nouveau premier ministre de mettre en place des mesures qui lui sont prioritaires suite à l’élection du nouveau chef de la CAQ le 12 avril 2026.
Investissements selon les secteurs
Adaptation des entreprises au nouveau contexte économique
- 375 millions de dollars sur cinq ans afin de continuer d’appuyer les investissements à fort potentiel des entreprises par l’entremise du Fonds du développement économique chez Investissement Québec.
- Transformation du fonds Capital ressources naturelles et énergie en un Fonds pour les minéraux critiques et stratégiques (FMCS). Ajout de 1,0 milliard de dollars de nouveau capital dans le fonds afin d’établir sa capitalisation à 2,5 milliards de dollars. Ce nouveau fond, piloté par Investissement Québec, aura comme mission de surtout supporter les projets qui seront à la phase d’exploitation. Plus de détails viendront dans une annonce subséquente du gouvernement. Des changements législatifs seront aussi nécessaires dans l’omnibus budgétaire qui sera adopté dans les prochaines semaines.
- Augmentation de 1 milliard de dollars de la capitalisation du Fonds pour la croissance des entreprises québécoises (FCEQ) afin de favoriser le développement des entreprises québécoises et le maintien des sièges sociaux au Québec.
- Création d’un fonds de 500M$ afin d’offrir des garanties de prêt pour que les communautés autochtones puissent prendre part financièrement à des projets économiques.
- Création d’une cinquième zone d’innovation, la Zone d’innovation minière, à Rouyn-Noranda en Abitibi-Témiscamingue.
- 78,9 millions de dollars sur trois ans afin d’accroître les investissements dans les attraits touristiques du Québec et reconduire le Programme de soutien aux événements sportifs internationaux.
- 164,5 millions de dollars afin de soutenir les entreprises forestières en réponse aux difficultés du secteur, dont la création d’un programme d’aide au fonds de roulement destiné aux entreprises de transformation du bois qui entreprendront des projets d’investissement pour appuyer leur croissance et leur adaptation de 60M$.
- 268,2 millions de dollars sur cinq ans pour assurer la croissance de l’industrie audiovisuelle québécoise, notamment en augmentant les ressources de la SODEC afin d’encourager la production de contenus québécois propices à l’exportation.
- 150 millions de dollars pour poursuivre la promotion et la valorisation des disciplines du génie et des technologies de l’information dans le système d’enseignement supérieur.
Services publics
- 756,2 millions de dollars sur cinq ans pour soutenir l’accès aux médicaments afin de notamment financer l’offre de traitements dans les établissements de santé.
- 200 millions de dollars sur cinq ans afin de réduire la liste d’attente en chirurgie.
- 74 millions de dollars sur deux ans afin de renforcer l’attractivité de la main-d’œuvre dans le réseau de l’éducation.
- 28,6 millions de dollars pour soutenir les efforts d'insertion professionnelle des immigrants, notamment au sein du réseau de santé.
- 750 millions de dollars sur cinq ans pour mieux prévenir et agir dans le domaine de la sécurité civile, des services correctionnels, de la sécurité incendie et des affaires policières.
- 396,5 millions de dollars pour convertir 5 000 places de garde non subventionnées en places subventionnées à compter de 2026-2027.
- Plafonner à 3% la croissance de la taxe scolaire.
- Hausse des dépenses reliés aux infrastructures inscrites au Plan québécois des infrastructures (PQI) de 5 milliards de dollars sur six ans.
Mesures fiscales
- Plafonner à 3% la croissance de la taxe scolaire.
- Mise en place d’un volet « Adaptation » dans le programme Rénoclimat, accompagné d’une somme de 425 millions de dollars sur cinq ans afin de soutenir dans les travaux d’isolation ou d’étanchéité.
- Bonification de 158,9 millions de dollars sur quatre ans pour bonifier le programme LogisVert afin d’aider financièrement les ménages lors de l’achet et de l’installation de thermopompes et d’appareils électroménagers écoénergétiques.
Analyse
Le budget 2026-2027 s’avère un exercice de transition singulier. Compte tenu du contexte politique actuel, la marge de manœuvre du ministre Girard était manifestement restreinte, l’empêchant de déployer les mesures d’éclat nécessaires pour renverser la tendance dans les sondages et regagner l’appui de l’électorat envers la CAQ.
L'exercice révèle un paradoxe frappant : les orientations budgétaires semblent parfois à contresens des positions affichées par les candidats à la chefferie de la CAQ, qui prendront les rênes de l’État à la mi-avril. Tandis que Christine Fréchette et Bernard Drainville ont tous deux remis en question l’approche interventionniste ayant marqué les huit dernières années de gouvernance caquiste, le présent budget maintient, voire accentue, cette tendance — une contradiction vivement soulevée par le Parti Québécois.
De plus, l’absence quasi totale de nouvelles mesures pour alléger le coût de la vie ou réduire le fardeau fiscal des contribuables surprend. Il s'agit pourtant d'un cheval de bataille historique de la Coalition Avenir Québec, un délaissement que le chef du Parti conservateur du Québec, Éric Duhaime, n’a pas manqué de dénoncer vigoureusement.
Du côté des oppositions, le diagnostic est unanime : ce budget est jugé « inachevé ». Cette perception est cristallisée par la création d'une réserve de 1,25 milliard de dollars laissée à la discrétion du futur premier ministre pour financer ses propres priorités.
Enfin, les critiques sectorielles abondent :
- Le chef du Parti libéral du Québec, Charles Milliard, déplore un recyclage d’annonces passées et remet en question l’optimisme des prévisions de croissance économique du gouvernement, les jugeant déconnectées des ralentissements observés en Europe.
- Chez Québec solidaire, on rejette l’exercice en affirmant qu’il ne répond pas aux priorités réelles des Québécois.
Prochaines étapes
Un projet de loi omnibus fiscal sera déposé prochainement afin d’adopter les changements législatifs nécessaires à l’application du budget. Suivront les études de crédits, lors desquelles chaque ministère devra répondre de ses dépenses et activités en commission parlementaire.
Un flou demeure quant au calendrier parlementaire suite à l’élection du nouveau chef de la CAQ. Une prorogation de l’Assemblée nationale après le 12 avril est loin d'être impossible, ce qui pourrait compliquer l’adoption de certains textes législatifs d’ici la fin de la session prévue à la mi-juin 2026.
Il sera crucial de surveiller les premières actions du nouveau chef de la CAQ en tant que premier ministre. De nouvelles mesures fiscales pourraient être annoncées par bulletins fiscaux ou via une mise à jour économique d’ici la fin de la session parlementaire en juin.



